25 – Multipliez-vous !

Posted in Uncategorized on 14 février 2009 by saintriquier
– Guide Moderne nouvellement réglementé du bon usage de la chrétienne copulation pour les épousés de l’Église Chrétienne, Apostolique, Romaine –

Avant que de disserter de toute chose qui aurait quelque rapport de proche ou d’éloigné à la matière sexuelle entrant dans le cadre sacré de l’union à vocation chrétienne (étant définie elle-même comme engendrant de manière volontaire enfants, au sein d’une famille constituée selon les saintes prescriptions de la Mère Église) il est à rappeler l’importance capitale de mettre à bonne et honnête disposition son coeur et son esprit et ce afin de ne jamais tomber, soit par sa propre volonté soit par défaillance, manque de foi ou faiblesse d’âme, dans les propos directement et bestialement charnels qu’inspire souventes fois le sujet de l’amour matrimonial.

Et encore moins se laisser envahir par ces mêmes pensées, dussent-elles s’exprimer de manière autre que verbale. On taira donc non seulement les propos de cet ordre, mais également les images mentales pouvant, à notre insu, prendre possession de notre esprit.

Le fait étant précisé, entrons dès lors dans le vif du débat. Madame, Monsieur, réjouissez-vous, vous êtes époux et épouse. Aujourd’hui votre chemin est jalonné par la sainte Croix. Elle vous conduira -quelle joie !- sur les terres austères de la contemplation divine.

1) Le devoir des nouveaux époux qui suit là joie du mariage.

a) – Se ressaisir.

La mariée sera si emplie d’honnête bonheur, à l’issue de la sainte cérémonie, qu’elle risquera d’être enivrée de joie, omettant bientôt son premier devoir de chrétienne épouse. Son nouvel époux n’omettra point, quant à lui, de faire revenir à la réalité l’âme bien pure égarée par les chants de messe et les pieuses images offertes à cette occasion.

b) – Faire face à la pauvre condition humaine.

Au lendemain des noces il sera bon donc, et même chrétiennement professé par le prêtre, de mettre à contribution les organes reproducteurs des deux parties, soit ceux frappés du mâle emblème et ceux marqués du sceau femelle. Aussi malheureuse que puisse paraître la chose aux yeux des sensibilités les plus pures, les plus chastes, il faut se rendre à l’évidence : c’est là l’humaine condition. Il faudra s’y résigner le plus chrétiennement possible.

Pour les âmes les plus vulnérables, la prière continuelle sera un excellent soutient moral et spirituel. Nous conseillons vivement aux gens trop affectés le recueillement religieux le plus fervent : par la grâce de ces élans toute douleur s’évanouit dans l’oubli de soi.

2) L’acte en lui-même.

a) – Le devoir, le plaisir.

Là est le coeur du problème. Entre joie charnelle et devoir chrétien de reproduction de l’espèce humaine, un abîme de douleurs, de doutes et d’hérésies a perdu bien des âmes… Le bon prêtre conseille de ne point laisser vagabonder son esprit, alors que s’effectue la chose, sur les parties non nécessaires à la reproduction que constitue le corps de l’époux ou de l’épouse dans sa nudité livrée. Toutefois il sera admis, mais non formellement conseillé (du moins officiellement) par le représentant de l’Église, que l’épouse ou l’époux laisse vagabonder non seulement son esprit mais encore ses mains, autour des parties du corps que la médecine moderne recense comme étant les sièges conformes de la licite volupté, au moins chez les gens normalement constitués et non dénaturés par le vice. Ces parties légalement recensées sont, par ordre croissant de la volupté provoquée, chez le sujet femelle :

– Le contour des avant-bras. Le bas des épaules.

– Le haut du ventre.

– Le milieu des flancs.

– Le haut des mollets, entre partie supérieure de la cuisse et partie basse de l’articulation du genou.

Chez le sujet fort :

– Le contour des avant-bras.

– Le bas des épaules

– Les épaules en elles-mêmes.

– Les muscles du torse, entre exactement le haut du nombril et le bas du tétin.

– Les muscles du mollet, à partir du milieu jusqu’en haut, à la base du genou.

Toute autre partie du corps exposée à de coupables attouchements ou même représentée par la pensée à des fins perversement anti-naturelles de recherche de volupté, sera considérée comme à jamais souillée. Tout chrétien surpris par le prêtre, ou par un de ses délégués mandatés en train de s’adonner à des pratiques sataniques, c’est-à-dire toutes celles qui diffèrent de celles citées plus haut, sera excommunié.

Le baiser contre la bouche est proscrit.

b) – L ‘acte.

Il se fera dans le silence le plus pieux. La femme, chastement, réprimera toute manifestation sonore produite par le flot régulier de son souffle au travers des parois de sa bouche. Elle exhalera avec discrétion son haleine ouvrant bien la bouche, afin que l’air expulsé offre le moins de résistance possible contre les parois internes de son orifice buccal, et qu’ainsi le bruit de ses poumons ventilés s’atténue chrétiennement.

Les deux époux auront bien entendu les yeux clos du début à la fin du procès. Pour plus de sécurité, on aura pris soin d’éloigner toute source de clarté de l’alcôve. Par temps de Lune les volets seront hermétiquement clos, de crainte que les clartés sélènes ne fassent naître en eux de coupables désirs, à leur insu.

L’homme se contiendra pareillement à la femme. Sans y être formellement contraint toutefois en ce qui le concerne. Les bruits incongrus émanés des viscères seront couverts par un quelconque moyen (voir pour cela dans les pieux manuels de la bibliothèque du bon pasteur les divers subterfuges mis à la disposition des époux).

Très important :

L’homme, toujours, sera sur l’épouse, ET NON L’INVERSE ! Transgresser cette loi naturelle et biblique serait un péché mortel, et entraînerait moult tourments, légalement répertoriés selon la gravité des faits. (Un exemplaire des supplices infligés aux époux qui se rendraient coupables de tels agissements est déposé chez l’Inquisiteur Général, consultable sur place.)

Si l’acte est agrémenté des fantaisies, admises mais non officiellement conseillées par le corps religieux, citées précédemment, cela ne doit pas pour autant être prétexte à prolonger indûment le procès de procréation.

Celui-ci sera conclu dès que la partie mâle aura fécondé la matière vive. À l’intérieur de cette limite la femme devra trouver la mesure, l’étendue et la rigueur de sa volupté, seulement si elle y consent soit par excès de santé, soit par faiblesse de caractère et d’âme. Sur ce point l’homme demeure toujours souverain. Une fois le vase naturel de la femme fécondé, les corps se sépareront sans délai. On pourra rouvrir les yeux, à condition que la nudité des deux parties soit dûment dissimulée aux regards mutuels et que rien d’impudique n’offense I’amour consommé des époux.

Madame, Monsieur, après examen minutieux de la présente information, multipliez-vous dans l’allégresse, et priez, priez pour tous les bienfaits du Ciel octroyés aux heureux épousés. Élevez vos enfants selon les principes honnêtes de la chrétienne Église, enseignez-leur le respect des saintes traditions bibliques, apprenez-leur l’amour de Dieu, l’amour de la vie, et communiquez-leur les joies de l’austérité, de la sévérité, soyez justes mais dignement inflexibles.

Concevez dans la plus grande chasteté, rendez grâce pour les douleurs de l’enfantement, usez-vous saintement les genoux à faire pénitence, et soyez heureux.

Raphaël Zacharie de IZARRA

24 – Les cloches du bedeau

Posted in Uncategorized on 14 février 2009 by saintriquier
Emile le simplet du village avec son air benêt de sacristain-né et son imposante stature était tout destiné pour recevoir de son curé la charge officieuse d’homme à tout faire. Plus exactement de sonneur de cloches, domaine dans lequel il devait bientôt exceller.

Fier de ses 130 kilos, il savait comme nul autre faire chanter le métal. Sa surcharge pondérale faisait merveille pour occuper cette fonction hautement spécialisée. Pouls du village, c’est du clocher que se répandaient les informations essentielles : funérailles, baptêmes, mariages, fêtes… Seule distraction du village, les cloches représentaient la voix du Ciel.

Emile avait découvert que de son habileté à battre l’airain dépendait la force avec laquelle impressionner les ouailles. Tristes ou joyeuses, il savait avec subtilité annoncer les nouvelles, influencer les coeurs dans un sens ou dans l’autre, accélérer ou apaiser leurs battements. Pas si sot qu’on le croyait, doué d’un pouvoir hors du commun, il avait très vite appris à nuancer les clameurs du clocher afin de mieux faire résonner les âmes.

Par exemple à l’heure du glas il pouvait à sa guise alléger les âmes en peine ou au contraire donner un air sinistre aux mariages, rendre poétiques, comiques ou bien infiniment solennels les dimanches matins, et tout ça rien qu’en modulant le son des cloches, à sa façon… Il pouvait choisir certains dimanches de remplir l’église ou en interdire l’accès. Il lui suffisait pour cela de manier d’une certaine façon les cordes du clocher pour attirer les fidèles ou les décourager. Au grand émoi du prêtre qui, comme les autres, ne comprenait rien à ces mystères, incapable de faire le rapprochement entre ces événements et l’écho des cloches. Ce qui amusait beaucoup Emile.

De sonnerie en sonnerie il s’initiait à cet art jusque là inconnu, dont lui seul d’ailleurs détenait le secret. Ainsi Emile agissait sur l’inconscient des habitants, manipulant à son gré son petit monde, parvenant même à toucher les personnalités les plus averties, les êtres les plus insensibles, les notables les plus instruits, changeant leur état d’âme, dirigeant leurs humeurs, provoquant chez eux joie ou mélancolie, sérénité ou excitation. Alors que tous, curés comme paysans, considéraient Emile comme un imbécile, lui les dominait parce qu’il maîtrisait leurs rouages intérieurs, à leur insu.

Emile, pour idiot qu’il passait aux yeux de tous, n’en était pas moins passé maître dans l’art de faire sonner le fond des êtres, par cloches interposées. Il était en quelque sorte le vrai chef du village, lui qui secrètement savait régler la mécanique des âmes.

Emile vécu longtemps à la tête de son orchestre de « diablotins à cordes ».

A ses funérailles, tout le village se réunit autour de sa tombe. Le temps était calme, pas une brise. Au moment de mettre en terre l’humble cercueil du bedeau, les cloches de l’église se mirent à sonner légèrement sous un mystérieux coup de vent.

Raphaël Zacharie de IZARRA

23 – Confessions d’un pécheur à son curé

Posted in Uncategorized on 14 février 2009 by saintriquier
Monsieur le curé,

Vous l’avouerais-je ? Ma chair vit sous l’empire de feux sacrilèges.

Que le Ciel me pardonne car souventes fois je m’adonne aux forfaits de la chair. D’ignoble façon je fais se répandre hors de mes flancs l’onde sacrée. J’assiste avec rage et vif contentement à la perte de mes blanches humeurs. Il est vrai que le crime ne serait pas bien grand si je me bornais à cette seule licence. Mais sans cesse j’use, dans le dessein de me mieux noyer dans la coupe des plaisirs, des moyens infâmes inspirés par mon imagination libidineuse la plus éhontée… C’est que, non content de succomber à l’appel du Diable, je demande systématiquement la collaboration de tierces personnes pour servir ma cause abjecte.

Votre jeune servante pourrait témoigner de la chose mieux que par cette honteuse confession. Les marques de mes déviances, à travers son hymen déchiré, pourraient attester, s’il me fallait vous avouer ce crime par un tableau cru pour mieux en rougir sous vos yeux, de la faiblesse de mon âme dans le combat qu’elle mène pour son salut.

Pour ma décharge, Dieu ne savait-il donc pas ce qu’il faisait en me dotant d’un joli organe ? En troussant votre servante, Monsieur le curé j’ai péché une fois par jour depuis qu’elle est à votre service.

Est-ce donc si grand crime que de vouloir loger en lieu choisi l’objet de tant de fièvre ? Difficile de résister à l’appel impie des sens. Mâle faiblesse que Dieu devra me pardonner… Toutefois j’aspire sincèrement à la paix de ma chair mon Père, à la vertu, à la pureté, comme vous me l’avez si bien enseigné.

Cependant il y a contradiction entre les aspirations impures de mon corps de garçon et celles, plus nettes, de mon âme. Mais je vous rassure tout de suite mon Père, lorsque je m’abandonne aux mollesses d’une sensualité mal contenue, je ne le fais jamais par conviction. Uniquement par faiblesse. Le vice n’est vice que quand il est désiré, volontaire, cultivé. Il en est de même de la vertu. Un comportement vertueux ne l’est que quand il est choisi délibérément.

Bref, je suis tiraillé entre deux feux. Combat inégal entre la tyranique nature et le Ciel abstrait, entre la force vive de la Terre et l’humaine vertu, entre chair et esprit… Seul, confronté aux tourments de la chair en éveil, je me retrouve livré à tous mes démons. Et l’un de ces méchants anges de l’enfer me tente parfois, et bientôt je succombe à ses appels obscènes. De temps à autre je m’en vais explorer l’ombre et la fange en quête de vils émois en compagnie de votre innocente bonne, pendant que vous faites du vélo. Ainsi voilà l’Homme si grand, face à sa misère.

Comment me soustraire au cloaque de mes vices ? Purifiez-moi par l’effet de votre miséricorde, je ne vois plus que cette solution…

Je vous ai ouvert mon âme, soyez-en digne. Ne me faites pas rougir davantage. J’ai voulu me montrer en vérité devant vous. Je me suis dévoilé sans fard ni mensonge, allant jusqu’à compromettre votre pauvre servante pour mieux m’humilier devant vous.

Avouons les faits sans détours…

Las ! Ce matin encore, à l’heure où certaines bonnes âmes songeaient à moi de la manière la plus pure, la plus chaste qui soit, cédant à mes viles passions je me suis vautré dans d’infâmes ébats charnels en compagnie de votre fidèle servante. J’ai, une fois de plus, délicieusement malmené le séant délectable de votre bonne. Faillible elle aussi, soulignons-le en passant. Je me suis corrompu sous l’effet de mes sens qui s’enflammaient. J’ai usé des moyens les plus condamnables, puisé dans les ressources de mon imagination la plus impure pour me mieux damner sous les spasmes libérateurs de la volupté. Une fois l’incendie éteint, je regrette, rougis, me dis que je ne recommencerai pas… Et puis dès que le démon de la luxure revient mettre le feu à ma chair, je m’en vais aussitôt et sans fléchir culbuter le derrière de votre bonne.

Par naturel tempérament, et non par recherche du vice, j’avoue être un authentique disciple de Monsieur de Casanova, la souveraine Nature ayant versé un peu de soufre dans mon sang… Pardonnez-moi mon Père, car je me suis livré aux exploits scandaleux dont cet italien dépravé s’est fait le célèbre apôtre, lesquels font perdre la tête aux êtres assez faibles pour s’y adonner mais assez esthètes pour en tirer honteuse jouissance. Il faut dire que votre servante m’a peu incité à refroidir mes ardeurs à l’endroit de son panache. Je vous ai fait ici la confession de mes coupables appétits. Tous assouvis. Ce sera le principal péché qu’il vous faudra me pardonner.

Merci mon Père de ne pas faire si grand cas de mes écarts. Je vous demanderai en outre de prendre charitablement sous votre coupe le fruit amer de mes égarements : c’est que votre bonne a eu la mauvaise idée de devenir grosse. Je l’ai constaté ce matin en la troussant pour la dernière fois.

Je ne doute pas que dans son infinie mansuétude l’Eglise saura faire de cette graine du péché qui viendra bientôt au monde un honnête chrétien qui ne ressemblera pas à son père. Ou une digne enfant de couvent qui n’imitera pas sa mère. Vous n’aurez qu’à reconnaître l’intrus devant Monsieur le maire, et sa petite âme sera à vous. Faites donc sonner trompette tout votre soûl et sans vous cacher mon Père : votre servante sera officiellement votre femelle propriété par l’intercession de Monsieur le Maire qui vous attribuera la paternité du fruit des entrailles de cette pécheresse.

Adieu mon Père, je pars pour les lointaines Amériques.

Raphaël Zacharie de IZARRA

22 – Un défi christique

Posted in Uncategorized on 14 février 2009 by saintriquier
Lettre envoyée à un jeune prêtre catholique.

Mon Père,

Les dignitaires de notre Église bien-aimée se devant de montrer l’exemple à leurs ouailles, nous en convenons tous, une idée m’est venue : si nous leurs faisions passer un examen ? Une sorte d’épreuve grandeur nature à l’image de leur concret engagement sur le terrain, parmi les hommes. Au nom de la cause pie, quasiment céleste que ces hautes gens défendent, je ne doute pas que ma proposition sera accueillie avec chrétienne allégresse. Je présage que celle-ci remportera un réel succès auprès de ces membres choisis du clergé, habituellement si prompts à donner corps à leur publique piété.

Une si éloquente mise à l’épreuve ne peut se refuser. Comment douter de la valeur des éminences de l’Église ? Et qu’elles s’abstiennent pour une fois de faire les humbles : l’occasion leur est donnée de nous montrer le prix qu’elles mettent à leur cher sacerdoce.

Venons-en au fait. Ne serait-il pas séant que vous demandiez à un évêque de piétiner en public, et avec coeur, ses plus irréductibles attributs (mitre et crosse), au nom du fait que l’attribut n’est point l’essence, que l’essence vaut encore mieux que l’attribut, et que sans cette éclatante initiative aucun évêque ne saurait être crédible (le piétinement d’objets d’apparat équivalant à un glorieux renoncement des convenances ecclésiastiques) ?

Je m’explique.

Le sacrifice est un geste d’élévation, il est pur altruisme. L’amour qui se désiste dès le moindre sacrifice ne vaut guère. Gratuit, irrationnel l’amour est cependant exigeant, c’est ce qui fait son infinie valeur. Il faut concrètement mettre un prix aux choses, ne pas hésiter à mettre en pratique certains principes, exalter la portée de l’acte. C’est le principe que je défends au sujet de la mitre et de la crosse. Il ne serait pas mauvais de les faire piétiner en public par l’évêque en personne, de temps à autre, aux fêtes de Noël ou de Pâques, par exemple. Il s’agit surtout de montrer aux fidèles, qui ont toujours tendance à s’égarer, que l’essentiel n’est pas dans le sceptre du roi mais dans le coeur des hommes.

Autrement dit s’il fallait qu’entre ces deux intérêts, attribut et essence, l’un fût à sacrifier pour le salut de l’autre, ne verrait-on pas triompher la cause dictée par le choix le plus congru ?

Rien de trivial dans cette affaire, juste une banale épreuve que je ne craindrai pas de qualifier de biblique. Les évêques que je tiens pour de saintes conceptions théoriques n’en sont pas moins pécheurs en réalité, mais surtout hommes perfectibles, au même titre que n’importe quel quidam de cette Terre. Et sous leur pied vaillant au service de la vérité prendraient tout leur sens les paroles quasi christiques du Petit Prince : « L’essentiel est invisible pour les yeux. »

Mon dessein n’est pas autre que de vérifier l’aptitude et la promptitude des évêques à piétiner publiquement mitres et crosses. Autrement dit, de vérifier la profondeur de leur piété, la grandeur de leur âme, le poids de leur vocation.

J’espère de tout cœur que ma proposition sera prise au pied de la lettre, que sous mon impulsion l’exemple tombera d’en haut. Soyez témoin mon Père de mon sincère, pieux empressement de voir foulées mitres et crosses par le talon de leurs légitimes porteurs.

Raphaël Zacharie de IZARRA

21 – Miracle dominical

Posted in Uncategorized on 14 février 2009 by saintriquier
À la messe du dimanche matin il se passe de temps à autre des petits miracles : sous les voûtes d’une cathédrale prestigieuse ou d’une humble église de campagne la grâce peut soudainement descendre, faire frémir les statues, briser la pierre des coeurs.

Face aux fidèles un visage apparaît, au regard plein de pureté. Celui d’un enfant ou d’une jeune fille. Silhouette diaphane sous la lumière des vitraux… Alors les lèvres se tendent, une voix fluette s’élève, fervente. Et sème au vent de l’esprit une prière qui emplit tout l’espace, fait oublier et le passé et les jours à venir. Et une minute durant abolit même l’épouvante de la mort, fait désirer les sommets de l’autre monde.

Là, le Ciel brouille ma vue, éclaircit mon esprit.

Ce chant en solo m’émerveille, me trouble, me bouleverse, entraîne mon âme dans les hauteurs rares de ses savants aigus. Le visage de l’interprète au timbre cristallin devient radieux sous l’effet de la pieuse harmonie. Une parcelle d’éternité passe à travers la gorge frêle.

C’est le chant de l’ange.

Raphaël Zacharie de IZARRA

20 – Un directeur d’institution bien naïf…

Posted in Uncategorized on 14 février 2009 by saintriquier
Une lettre.

Madame,

J’ai pris connaissance avec un grand mécontentement de votre lettre. Ainsi vous prétendez que les jeunes filles de cette digne institution religieuse que j’ai l’honneur de diriger s’adonnent à la luxure la plus éhontée ? Vos affirmations choquent la morale, Madame. Vous vous faites ici l’écho de rumeurs parfaitement infondées, de ragots infâmes sans doute diffusés par les ennemis de la religion.

Comment avez-vous osé m’écrire de telles choses, vous qui êtes pourtant une ancienne pensionnaire de cette institution ? Est-ce donc là le résultat de la saine éducation prodiguée aux jeunes filles de bonnes familles entre ces murs choisis ? Vous corrompez l’éducation honnête que l’on vous a donnée en ces lieux Madame.

Vous ne faites pas honneur à vos précepteurs Madame, en prétendant avec autant d’impudence que derrière les murs de cette institution nos Demoiselles se livrent à un commerce immoral avec des débauchés… Vous faites preuve d’une bien grande effronterie pour oser affirmer avoir vécu de telles turpitudes au temps où vous étiez chez nous, et jamais l’on a vu chez nos sages et vertueuses Demoiselles semblable impertinence, ni pareille démesure dans la licence, ni telle outrance dans le langage !

Aucune jeune fille bien élevée ne songe, sachez-le bien Madame, à des choses aussi horribles, aussi répugnantes et aussi impies que ces chimères libidineuses que vous avez évoquées. Et s’il en est quelques-unes qui évoquent de temps à autre quelque galant jeune homme ou bien tel Monsieur entr’aperçu et qui avaient une belle prestance, croyez bien Madame que c’est toujours en termes honnêtes. Jamais les propos entendus ne dépassent les limites bienséantes du coeur, et les pensées elles-mêmes, pourtant secrètes, ne vont pas au-delà, j’en suis persuadé, du discours public et platonique.

Lorsqu’une de ces honnêtes Demoiselles dont j’ai la charge s’émeut vivement au nom de tel ou tel visiteur étranger de l’institution, c’est soit à cause de sa belle toilette (à entendre certaines), soit c’est au nom de l’épée qu’il porte au côté. Curieusement ces épées sont très souvent un vif sujet d’émoi chez nos jeunes filles. Simple lubie juvénile, bien innocente ma foi.

Bref, soyez certaine Madame qu’aucune de ces Demoiselles ne songe à mal en ces circonstances. Mes élèves me sourient de manière bien innocente, lorsqu’elles me parlent de l’épée de tel ou tel visiteur, et je les laisse toujours aller s’ébaudir ensemble comme des enfants derrière les murs de notre chapelle, ne leur interdisant même pas de prendre la main à ces visiteurs impromptus, tant ma confiance en leurs vertus est grande. Ces étrangers de l’institution sont devenus des habitués d’ailleurs (je les connais bien à force de les voir, et ils sont plus amis qu’étrangers, comment pourrais-je les soupçonner ?).

De leurs chastes divertissements, ces Demoiselles me reviennent chaque fois apaisées, sereines, comme épanouies. Cela m’inspire d’ailleurs les meilleures certitudes quant à leur avenir conjugal. Ce seront des épouses honnêtes et ignorantes au jour de leur légitime hyménée car bien accompagnées aujourd’hui.

Avec quelle charmante naïveté elles évoquent les épées de ces Messieurs ! Elles me racontent qu’elles n’ont de cesse de les toucher, de les caresser (il faut dire que certaines sont ouvragées avec art), voire même de les baiser… C’est à rire de bon coeur tant c’est frais, touchant, charmant ! Je crois bien que toutes les jeunes filles de l’institution ont déjà goûté aux épées de ces prestes moustachus galonnés. Comment pouvez-vous donc raconter qu’il se passe chez nous toutes ces horreurs en rapport avec la chair ? Cela ne se peut, Madame.

Cela est vraiment touchant de voir à la fin de la récréation vespérale ces Demoiselles revenir de derrière les murs de la chapelle, où je les laisse jouir un peu de leur liberté, si restreinte le reste du temps (pensez donc, ce sont des pensionnaires cloîtrées toute l’année à l’institution)… Elles me reviennent à chaque fois les yeux ravis, le sourire aux lèvres et les habits biens mis, consciencieusement réajustés et… Et ma foi c’est curieux à vrai dire… A présent que j’y songe…

Certaines ont des brins d’herbes dans la coiffe, d’autres des mèches folles qui sortent du chignon et presque toutes ont l’haleine singulière… Mais suis-je bête !

Tous ces signes, ces symptômes ne peuvent tromper : c’est la preuve qu’elles ont joué à colin-maillard ou à je ne sais quel autre jeu d’enfant, et que prises dans ces espiègleries, ces farandoles et tourbillons qui siéent à leur jeunesse, elles n’ont point vu la racine malencontreuse ni pris garde à la pomme trop mûre cueillie à la hâte, dans la fougue de leur âge (il pousse nombre d’arbres fruitiers derrière la chapelle de l’institution), gâtant ainsi leur fraîche haleine… Omettant se s’essuyer après avoir croqué le fruit et l’avoir savouré en toute innocence, leur haleine exhale naturellement quelque effluve superflu.

Enfin bref, l’important est que ces galants visiteurs qui rendent parfois visite à nos jeunes filles leurs changent les idées avec leur épée (ces jeunes filles ont vraiment d’étranges centres d’intérêt, j’en conviens, mais c’est là un mystère que je ne suis pas encore parvenu à percer chez elles).

Maintenant n’allez plus m’inventer, Madame, d’odieuses considérations. A la lumière de ce que je vous ai relaté, constatez que les évocations libidineuses sont étrangères de mes élèves et qu’elles sont vôtres uniquement, parce que votre âme est perturbée, parce que votre chair a des penchants contre-nature, et parce que le péché semble vous plaire, Madame.

Adieu Madame, et laissez-moi me consacrer à l’éducation des jeunes filles que m’ont confiées les meilleures familles du pays. Je suis trop lucide pour ne discerner que piété, pureté et jolies pensées dans le regard de ces Demoiselles.

Tout le reste, ce sont vos vues mensongères Madame. Ce sont vos vices, et rien que vos vices.

Le Directeur.

Raphaël Zacharie de IZARRA

19 – Education religieuse

Posted in Uncategorized on 14 février 2009 by saintriquier
L’abbé Boyer, à la tête d’un orphelinat de province depuis 1830, est un sadique-né redoutable qui mène son petit monde d’une main de fer.

Son plus grand plaisir est de broyer méthodiquement les petits êtres perdus confiés par l’Assistance Charitable de France.

D’une foi inébranlable, le bon abbé enseigne avec rigueur et droiture la piété la plus doctrinale. Les orphelins de son institution sont sa bête noire : il méprise ces enfants de démons de toute sa hauteur ogresque. 120 kilos de muscles et de haine à l’état brut s’acharnant sur les pupilles, cela entretient sa belle santé. Encouragé par ses supérieurs, loué par les dames de bonne société, dans les bonnes grâces du pape lui-même, l’abbé jouit d’une considération universelle.

Austère mais juste, le père Boyer ne flagelle ses petits orphelins que pour des motifs hautement moraux : pénitence religieuse, affermissement de la foi, élévation spirituelle. Ou des fautes graves : vol d’un morceau de pain, assoupissement à la prière du matin, récitation maladroite de la Bible en latin… Le bon père estime en effet qu’à huit ans tout enfant se doit d’être raisonnable et rompre définitivement avec les molles tendresses de l’âge candide.

– « A huit ans on est un homme, bon sang ! », répète-t-il sans cesse à ses pensionnaires pleins d’ingratitude…

D’un caractère trempé, l’abbé ne supporte pas les plaintes des plus chétifs. D’ailleurs la seule vue de ces êtres débiles le met généralement hors de lui. Alors lorsqu’en plus ces derniers se plaignent, il explose le Père… Mais heureusement jamais à bout de ressources, il fait taire les récalcitrants avec des procédés qui ont fait leurs preuves : privations de nourriture, de sommeil, corvées et prières, marches nocturnes forcées pieds nus avec fardeaux, etc. Des années à observer ses protégés, à expérimenter sur eux les idées pédagogiques les plus ingénieuses lui ont apporté les bases d’un enseignement sans faille. On ne la lui fait pas à l’abbé. Autodidacte, il connaît les méthodes pour mâter ces graines de vice…

Petit Pierre est sorti de l’institution religieuse à l’âge de 21 ans avec une formation de commis agricole, après 13 ans passés sous la protection de l’abbé. Aujourd’hui il travaille comme vacher dans une ferme. Payé en pain frais, bon lait crémeux de vache, litière de paille, solitude et rosée matinale, il mange presque à sa faim. Bref, il est heureux.

Gloire à l’abbé Boyer, sévère mais juste !

Raphaël Zacharie de IZARRA